Notre-Dame-Aux-Ecailles Mélanie Fazi

 

  La nouvelle est un genre littéraire courant dans les pays anglo-saxons. Très populaire, de grands auteurs en ont écrit les lettres de noblesse, tel le fameux Edgar Allan Poe. Exercice encore mineur en France, ses grands noms ne sont pour la plupart connus que de cercles très privés. Pratique, la nouvelle permet à tout écrivain en herbe de trouver et de développer son style, tout en permettant l'abord de sujets d'écriture inhabituels ne faisant pas forcément l'unanimité.

  Son format d'écriture, court, parfois compact, laisse le loisir à un nouvel univers de voir le jour, les écrivains allant jusqu'à créer une mythologie particulière à leurs écrits. Quelquefois, les thèmes des nouvelles se répondent chez un même nouvelliste, échos des croyances et parfois des inquiétudes de l'auteur. C'est ainsi qu'un recueil nous permet d'aborder un nouvel écrivain de manière intime, révélant ses sujets de prédilection et quelquefois même le chemin parcouru dans la maturation d'une écriture personnelle.

 

  Le livre

 

  C'est enfin l'heure de ma deuxième note de blog ! Le sujet en est le recueil de nouvelles de la célèbre Mélanie Fazi, Notre-Dame-Aux-Ecailles.

  L'écrivaine française a déjà été primée pour ses œuvres : prix Merlin en 2002 et Grand Prix de l'Imaginaire en 2005 pour la « meilleure nouvelle », prix Merlin en 2004 et prix Masterton en 2005 dans la catégorie « meilleur roman ». Cela lui a ouvert les voies d'un large public et d'une reconnaissance bien méritée.

 

  Ce recueil, paru dans la collection « L'ombre de Bragelonne » aux Editions Bragelonne, nous livre douze nouvelles empreintes de mystère et de fantastique. Parues à des dates variées et chez des éditeurs divers, elles ont pour point commun de révéler l'attrait de Mélanie Fazi pour l'inconnu, l'irréel et l'inquiétant.

  Le livre s'ouvre sur La cité travestie, une nouvelle qui glace le sang et donne la part belle au stress et à la précipitation. Elle permet la mise en scène réussie de la ville de Venise dans une personnification dure et insensible qui a le mérite de dévoiler sa dimension historique scabreuse. Elle devient ainsi la ville des soupirs. Mardi gras, à l'image de la première nouvelle, nous permet de pénétrer la réalité de la Nouvelle-Orléans après l'ouragan Katrina. Des êtres étranges se mêlent aux touristes et aux natifs dans les rues de la ville éprouvée, révélant la mort sur son terrain.

  En forme de dragon et Fantômes d'épingles interrogent la part enfantine de chacun : courage mêlé d'appréhension ou de peur dans le cœur des enfants, fuite temporaire et prise de responsabilité. C'est face à l'inconnu d'une maladie du dessin ou confronté à la vitalité soudaine d'une poupée de chiffon que notre personnalité se révèle.

  Dans Langage de la peau et Les cinq soirs du lion, la question de la transformation est abordée sans ambages, laissant se mêler dans une valse des mots parts humaines et animales avant de revenir dans le détail sur l'apprivoisement d'une forme animale chez les métamorphes. Noces d'écume laisse voir le danger de faire sien un être étranger et développe les risques d'une telle dérive chez des êtres humains normaux. Le thème de la sirène y est formidablement réinventé dans la peur et le danger. La nouvelle Villa Rosalie permet elle aussi de s'interroger sur la mutation, mais dans un tout autre registre, puisqu'elle prend pour personnage principal une maison, trace pieuse des vies énergiques d'habitantes aux personnalités bien disctinctes.

  Le nœud cajun inquiète, à l'image de La cité travestie, dans une mise en scène de la mort faite répétitive, voire éternelle. Notre-Dame-Aux-Ecailles, nouvelle ayant donné son nom au recueil, questionne le cancer et l'accès à l'éternité dans un jardin fait de statues en transformation.

  La danse au bord du fleuve soulève la question de l'amant fantastique : un fleuve personnifié y pose plus de questions sur le monde qu'il ne donne de réponses. Enfin, Le train de nuit nous invite, à la suite de gens en fuite face à la réalité, à la découverte d'un oubli salvateur.

  Tout se joue dans le mystère et dans ces états de fatigue et de dégoûts de la vie qui nous poussent quelquefois à faire des choix aventureux ou regrettables.

 

  Mon avis

 

  Ces nouvelles nous donnent à voir la mestria de Mélanie Fazi dans des jeux d'ombre et de lumière inquiétants. La valse des mots et des idées est parfaitement maîtrisée. On sort de chaque nouvelle avec une leçon d'écriture en tête. Ses thèmes, pour la plupart inattendus, sont traités avec brio et révèlent un imaginaire foisonnant, une source merveilleuse d'inventivité.

  Chez Mélanie Fazi, la nuit se prolonge et se fait le réceptacle de nos peurs et de nos incertitudes. Elle abrite nos questionnements et, si l'ambiance s'y prête, elle panse nos blessures et nous présente l'élixir propre à nous donner vie et éternité. Les évènements nocturnes nous laissent dans l'expectative, comme dans l'excellent Train de nuit, vraie bonne découverte du recueil à mon goût. La découverte de ce train, plus appartement que moyen de locomotion, m'a émue. L'ambiance y est soignée, les idées foisonnantes à l'image du reste du livre.

  La danse au bord du fleuve m'a particulièrement plue dans la maîtrise parfaite des descriptions nombreuses de l'eau et du fleuve lui-même, de ses jeux près de son amie et de sa sensualité parfaitement décrite. On trouve confort et volupté à ses côtés, découvrant une nouvelle forme vitale, une nouvelle manière d'aborder le monde.

  Mélanie Fazi excelle d'ailleurs dans la réinvention de la vie, dans ses questionnements et ses réponses faits d'une magie de l'inconnu apte à devenir magie quotidienne. Le confort de lecture se jumelle à des sujets dérangeants qui permettent pourtant une réappropriation de l'univers autant au profit de l'écrivain que de son lecteur.

  La cité travestie a été une ouverture particulière au livre et je conseillerais peut-être de passer cette première nouvelle aux néophytes, à moins d'aimer l'horreur. Je me demande s'il était avisé de commencer le recueil par une nouvelle aussi spéciale, mais il faut avouer, une fois la lecture d'ensemble achevée, que La cité travestie a le mérite de nous faire entrer de plain-pied dans l'univers et la mentalité de Mélanie Fazi.

  La nouvelliste est douée pour mettre en valeur le côté fantastique de ces nouvelles. Le terme peut facilement se placer en exergue dans une critique de son recueil. Ce parti pris assumé place son œuvre aux côtés des incontournables de la SFFF (science fiction, fantasy, fantastique) au niveau nouvelle. Le livre refermé, le côté dérangeant des dernières nouvelles nous accompagnent un moment dans notre quotidien.

  Il est certain que chacun peut trouver un écho agréable à sa propre vie dans les nouvelles de Mélanie Fazi. Je recommande ce livre à toute personne cherchant à découvrir le monde actuel de la nouvelle.

 

  Références

 

Titre :Notre-Dame-Aux-Ecailles

Auteur : Mélanie Fazi

Editeur : Editions Bragelonne

Publication : 09/09/16

Pages : 320

Prix en version numérique : 5,99 Eur

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Notre-Dame-aux-Écailles

Notre-Dame-aux-Écailles par Mélanie Fazi - 5,99 €

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